Jésus-Christ

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Chapitre 12 — La tentation

Ce chapitre est basé sur Matthieu 4:1-11; Marc 1:12, 13; Luc 4:1-13.

“Jésus, rempli d’Esprit-Saint, revint du Jourdain et fut conduit par l’Esprit dans le désert.” Marc emploie des mots encore plus significatifs: “Aussitôt, l’Esprit poussa Jésus dans le désert. Il passa dans le désert quarante jours, tenté par Satan. Il était avec les bêtes sauvages.” “Il ne mangea rien durant ces jours-là.” JC 95.1

Ce fut l’Esprit de Dieu qui conduisit Jésus au désert, pour y être tenté. Jésus n’allait pas à la recherche de la tentation. Il voulait être seul, méditer sur sa mission et son œuvre, et se préparer, par le jeûne et la prière, à fouler le sentier ensanglanté. Mais Satan, sachant que le Sauveur était allé au désert, pensa que le moment était favorable pour s’approcher de lui. JC 95.2

De grands intérêts étaient en jeu, pour le monde, au moment où le Prince de la lumière livra bataille au chef du royaume des ténèbres. Après avoir induit l’homme en tentation, Satan revendiqua la propriété de la terre et se donna le titre de prince de ce monde. Ayant rendu conformes à sa nature le père et la mère de notre race, il pensa établir ici son empire, déclarant que les hommes l’avaient désigné comme leur souverain. Par l’influence qu’il exerçait sur eux, il tenait le monde sous sa domination. La venue du Christ ruinait ses prétentions. En qualité de fils de l’homme, le Christ resterait fidèle à Dieu et démontrerait que Satan n’exerçait nullement un pouvoir absolu sur la race humaine et que les droits qu’il prétendait avoir sur le monde étaient faux. Tous ceux qui désireraient échapper à sa puissance seraient mis en liberté. La domination perdue par le péché d’Adam serait rétablie. JC 95.3

Depuis la prédiction faite au serpent, en Eden: “Je mettrai de l’inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité”,1 Satan savait que son pouvoir sur le monde n’était pas absolu. Il sentait tout ce qui, chez les hommes, s’opposait à son emprise. C’est avec le plus vif intérêt qu’il observa Adam et ses fils offrant des sacrifices. Il reconnut, dans ces rites, un symbole de communion entre la terre et le ciel. Il entreprit d’interrompre cette communion. Il présenta Dieu sous un faux jour, donnant une interprétation erronée aux rites annonçant le Sauveur. Les hommes furent amenés à redouter Dieu comme un être qui prend plaisir à détruire ses créatures. Les sacrifices, destinés à révéler son amour, devinrent uniquement un moyen d’apaiser sa colère. Satan excita les plus basses passions humaines afin d’affermir son règne sur les hommes. Quand la Parole écrite de Dieu eut été donnée, Satan se mit à étudier les prophéties relatives à l’avènement du Sauveur. Il s’efforça d’aveugler l’esprit des générations successives en ce qui concerne ces prophéties, afin que le Christ fût rejeté lorsqu’il viendrait. JC 95.4

Lors de la naissance de Jésus, Satan comprit que cet Envoyé de Dieu était chargé de lui disputer sa domination. Il trembla en entendant le message de l’ange affirmant l’autorité du Roi nouveau-né. Satan connaissait fort bien la position que Christ avait occupée dans le ciel en qualité de Bien-aimé du Père. L’incarnation du Fils de Dieu le remplissait d’étonnement et de crainte. Il ne pouvait admettre un tel amour pour la race déchue. Les hommes n’ont qu’une faible idée de la gloire et de la paix du ciel, ainsi que du bonheur que procure la communion avec Dieu; mais Lucifer, le chérubin protecteur, savait ce qu’il avait perdu et voulait se venger en entraînant à l’abîme les autres créatures. Pour arriver à ses fins, il amenait les hommes à sous-estimer les biens célestes et à s’attacher aux choses de la terre. JC 96.1

Quelle résistance allait trouver le Chef des êtres célestes en s’efforçant de gagner les âmes au Royaume! Dès sa première enfance, à Bethléhem, Jésus fut l’objet des attaques du malin. L’image de Dieu se montrait en Christ, et, dans ses conciliabules, Satan avait décidé de le vaincre. Jusque-là aucun être humain n’avait réussi à échapper à la puissance du séducteur. Les forces du mal se coalisèrent contre le Christ. JC 96.2

Satan assista au baptême du Sauveur. Il vit la gloire du Père enveloppant son Fils. Il entendit la voix de Jéhovah attestant la divinité de Jésus. Depuis le péché d’Adam, la race humaine, privée de communion directe avec Dieu, n’avait maintenu ses relations célestes que par l’intermédiaire du Christ. Maintenant, Jésus étant venu “dans une chair semblable à celle du péché”,1 le Père lui-même faisait entendre sa voix. Il avait auparavant communiqué avec les hommes par le Christ; il communiquait maintenant avec eux en Christ. Satan, après avoir espéré que l’horreur du péché créerait une éternelle séparation entre le ciel et la terre, voyait rétablies à cette heure les relations entre Dieu et l’homme. JC 97.1

Il fallait vaincre ou périr. Les intérêts engagés étaient trop considérables pour que Satan les laissât aux soins de ses associés. Il assuma personnellement la direction de la bataille. Toutes les énergies des rebelles se rallièrent contre le Fils de Dieu. Le Christ devint la cible de tous les traits de l’enfer. JC 97.2

Bien des personnes n’aperçoivent pas les conséquences qui découlent pour elles du conflit entre Christ et Satan; et par conséquent elles s’y intéressent peu. Pourtant ce conflit se reproduit dans chaque cœur humain. Personne n’abandonne les rangs du mal pour entrer au service de Dieu sans devenir l’objet des attaques de Satan. Les séductions auxquelles le Christ eut à résister, sont celles contre lesquelles nous luttons avec tant de peine. Elles furent d’autant plus violentes que son caractère était supérieur au nôtre. Portant sur lui le poids effroyable des péchés du monde, le Christ fut soumis à l’épreuve de la convoitise, de l’amour du monde, et du désir de paraître qui fait tomber dans la présomption. Ces mêmes tentations avaient vaincu Adam et Eve, et elles ont raison de nous trop facilement. JC 97.3

Satan s’était servi du péché d’Adam pour soutenir que la loi divine est injuste et que l’on ne peut lui obéir. Revêtu de notre humanité, le Christ devait racheter la faute d’Adam. Mais lorsque Adam avait été l’objet des attaques du tentateur, il n’était pas encore soumis aux effets du péché. Dans la force de l’humanité normale, en possession d’une pleine vigueur mentale et physique, les gloires de l’Eden l’entourant, il communiait avec les êtres célestes. Ce n’est pas dans de telles conditions que Jésus entra au désert pour affronter Satan. Pendant quatre mille ans les forces physiques et mentales ainsi que la valeur morale de l’humanité étaient allées en décroissant; et le Christ revêtit les infirmités d’une humanité dégénérée. C’est seulement ainsi qu’il pouvait racheter l’homme de sa profonde corruption. JC 97.4

Certains prétendent que le Christ ne pouvait être vaincu par la tentation. Mais il n’aurait pu alors occuper la position d’Adam et remporter la victoire où Adam était tombé. Il ne serait plus capable de nous secourir si nous avions à soutenir des conflits plus redoutables que les siens. Non, notre Sauveur a revêtu notre humanité avec tous ses dangers; il a encouru la possibilité de céder à la tentation. Nous n’avons rien à supporter qu’il n’ait enduré lui-même. JC 98.1

La première grande tentation eut lieu sur le terrain de l’appétit aussi bien en ce qui concerne le Christ qu’en ce qui concerne le saint couple qui se trouvait en Eden. Notre rédemption a commencé à l’endroit même où avait commencé notre ruine. Tout comme Adam tomba en cédant à l’appétit, le Christ eut la victoire en y renonçant. “Il jeûna quarante jours et quarante nuits, puis il eut faim. Le tentateur s’approcha et lui dit: Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. Mais Jésus répondit: Il est écrit: L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.” JC 98.2

Depuis Adam jusqu’à Jésus-Christ, les appétits et les passions s’étaient accrus d’une manière démesurée. Les hommes avilis, maladifs, étaient incapables de remporter la victoire par eux-mêmes. Le Christ triompha pour eux en se soumettant à la plus rude épreuve. Par amour pour nous il exerça sur lui-même une maîtrise plus forte que la faim ou la mort. Sa première victoire a rendu possible notre propre victoire dans tous les conflits avec les puissances des ténèbres. JC 98.3

Quand Jésus entra au désert, il y fut enveloppé de la gloire de son Père. Absorbé dans sa communion avec Dieu, il fut élevé au-dessus de la faiblesse humaine. Mais la gloire le quitta, le laissant aux prises avec la tentation. Celle-ci l’assiégeait à chaque instant. Sa nature humaine éprouvait de la répugnance pour la lutte qui l’attendait. Quarante jours durant il jeûna et pria. Affaibli et amaigri par la faim, épuisé et rendu hagard par l’angoisse, “son visage était défait, méconnaissable; tant son aspect différait de celui des autres hommes”.2 C’était là l’occasion que Satan attendait. Il pensa que le moment était venu où il pourrait remporter la victoire sur le Christ. JC 99.1

Comme en réponse aux prières du Sauveur, quelqu’un sous l’aspect d’un ange du ciel se présenta à lui, se disant chargé de lui annoncer de la part de Dieu que son jeûne était terminé. Ainsi que Dieu avait envoyé un ange pour empêcher Abraham de porter la main sur Isaac, ainsi, satisfait de l’obéissance du Christ, le Père envoyait un ange pour le délivrer. Tel était le message qui lui était communiqué. Le Sauveur était défaillant et affamé lorsque Satan survint tout à coup. Lui montrant les pierres qui jonchaient le sol du désert, et qui avaient l’apparence de pains, le tentateur lui dit: “Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains.” JC 99.2

Bien qu’il se présente sous les dehors d’un ange de lumière, ses premiers mots trahissent son caractère. “Si tu es Fils de Dieu.” Ces paroles ont pour but d’insinuer le doute. Obéir à la suggestion de Satan, ce serait, de la part de Jésus, admettre ce doute. Le tentateur se propose de renverser le Christ par les moyens qui lui ont si bien réussi auprès de la race humaine. Avec quelle habileté Satan s’était approché d’Eve en Eden! “Quoi? Dieu a-t-il vraiment dit: Vous ne mangerez les fruits d’aucun arbre du jardin?”3 Il y avait du vrai dans les paroles du tentateur; mais sa façon de les prononcer dissimulait un certain mépris pour la parole de Dieu. C’était une manière indirecte de mettre en doute la véracité divine. Satan cherchait à insinuer, dans l’esprit d’Eve, la pensée que Dieu ne ferait pas ce qu’il avait dit; qu’en les privant, Adam et elle, d’un fruit si magnifique, Dieu se mettait en contradiction avec son amour et sa compassion pour l’homme. Le tentateur s’efforce maintenant d’inspirer au Christ ses propres sentiments. “Si tu es Fils de Dieu.” Ces paroles traduisent l’amertume de son cœur. Le ton de sa voix exprime une complète incrédulité. Dieu infligerait-il à son Fils des traitements semblables? L’abandonnerait-il seul, dans le désert, sans nourriture, sans réconfort, parmi les bêtes sauvages? Il insinue que Dieu n’a jamais voulu laisser son Fils dans une pareille condition. “Si tu es Fils de Dieu”, montre ta puissance en apaisant ta faim. Ordonne que ces pierres deviennent des pains. JC 99.3

Les paroles célestes: “Celui-ci est mon Fils bien-aimé, objet de mon affection”,4 retentissaient encore aux oreilles de Satan. Mais il voulait détruire en Christ la foi à ce témoignage. La parole de Dieu donnait au Christ l’assurance que sa mission parmi les hommes était divine. Cette même parole définissait sa relation avec le ciel. Le but de Satan était d’amener Jésus à douter de cette parole. Satan savait que, s’il réussissait à ébranler la confiance du Christ en Dieu, le grand conflit se terminerait à son avantage. Il espérait que, sous l’effet du découragement et de la faim, le Christ perdrait la foi en son Père, et accomplirait un miracle pour lui-même. Si cela était arrivé, le plan du salut eût été anéanti. JC 100.1

Quand Satan et le Fils de Dieu étaient entrés en lutte pour la première fois, le Christ était le chef des armées célestes; alors Satan, qui avait dirigé la révolte dans le ciel, fut jeté dehors. Maintenant les rôles semblent être renversés, et Satan profite de ce qu’il, considère comme son avantage. L’un des anges les plus puissants, dit-il, a été banni du ciel. Toutes les apparences montrent que Jésus est cet ange tombé, rejeté de Dieu et abandonné des hommes. Un être divin soutiendrait son droit en accomplissant un miracle: “Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains.” Un acte créateur de ce genre, assure le tentateur, fournirait une preuve concluante de divinité et mettrait fin à la controverse. JC 100.2

Il en coûtait à Jésus d’écouter en silence le grand tentateur. Mais le Fils de Dieu n’avait pas à prouver sa divinité à Satan, ni à lui expliquer le motif de son humiliation. En accordant au rebelle l’objet de sa requête, il n’aurait avancé en rien le bien de l’homme ou la gloire de Dieu. Si le Christ avait cédé à la suggestion de l’ennemi, Satan eût continué de dire: Montre-moi un signe pour que je puisse croire que tu es le Fils de Dieu. Aucune démonstration n’eût été capable de briser la puissance de la rébellion dans son cœur. De plus, le Christ ne devait pas exercer sa puissance divine pour son propre avantage. Il était venu pour supporter l’épreuve comme nous, afin de nous laisser un exemple de foi et de soumission. Ni à ce moment-là, ni à aucun autre moment de sa vie terrestre, Jésus n’a accompli un miracle en sa faveur. Toutes ses œuvres merveilleuses avaient pour but le bien d’autrui. Et quoique Jésus eût reconnu Satan dès l’abord, la provocation ne le fit pas entrer en controverse avec lui. Soutenu par le souvenir de la voix céleste, il se reposa dans l’amour de son Père, ne voulant pas parlementer avec le tentateur. JC 100.3

Jésus opposa à Satan les paroles de l’Ecriture. “Il est écrit”, dit-il. Dans toutes ses tentations, la Parole de Dieu fut son arme unique. Satan demandait au Christ de lui donner un miracle comme signe de sa divinité. Mais quelque chose valait mieux que tous les miracles: une ferme confiance en ce qu’a dit le Seigneur, voilà le signe incontestable. Le tentateur ne pouvait obtenir aucun avantage aussi longtemps que le Christ restait sur cette position. JC 101.1

Au moment de sa plus grande faiblesse le Christ fut assailli par les tentations les plus terribles. Satan s’imaginait vaincre ainsi. Cette méthode lui avait réussi auparavant. Des hommes qui avaient combattu vaillamment et pendant longtemps pour le bien s’étaient trouvés vaincus quand leurs forces avaient subi une défaillance, quand leur volonté s’était affaiblie, quand leur foi avait cessé de se reposer sur Dieu. Moïse, las de quarante années de vie errante avec Israël, sentit sa foi chanceler. Il commit une faute au seuil de la terre promise. Tel fut aussi le cas d’Elie. Il resta ferme devant le roi Achab et fit face à toute la nation d’Israël conduite par les quatre cent cinquante prophètes de Baal. A la fin de la terrible journée passée sur le Carmel, le peuple promit d’obéir à Dieu et les faux prophètes furent exterminés. Ce même soir, cependant, Elie s’enfuit devant les menaces de Jézabel, afin de mettre sa vie en sûreté! C’est ainsi que Satan a toujours profité des faiblesses de l’humanité. Et il continue d’agir de la même manière. Dès qu’un homme est entouré de nuages, plongé dans la perplexité par les circonstances, ou affligé par la pauvreté ou le malheur, Satan est tout prêt à renouveler ses tentations. Il cherche les points faibles de notre caractère. Il s’efforce d’ébranler notre confiance en Dieu, qui tolère un tel état de choses. Nous sommes tentés de perdre confiance, de mettre en doute l’amour divin. Souvent le tentateur se présente à nous comme il se présenta au Christ, rangeant devant nous en ordre de bataille nos faiblesses et nos infirmités. Il espère nous décourager et nous faire lâcher prise. Alors il est sûr de sa proie. Mais si nous voulons lui résister comme l’a fait Jésus, nous échapperons à plus d’une défaite. Discuter avec l’ennemi, c’est lui donner l’avantage. JC 101.2

En disant au tentateur: “L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu”, le Christ répéta les paroles qu’il avait adressées à Israël plus de quatorze siècles auparavant: “L’Eternel, ton Dieu, t’a fait marcher, pendant ces quarante ans, dans le désert. ... Il t’a humilié; il t’a fait souffrir de la faim et il t’a nourri de cette manne que tu ne connaissais pas et que n’avaient pas connue tes pères, afin de t’apprendre que l’homme ne vit pas de pain seulement, mais de tout ce qui sort de la bouche de l’Eternel.”5 Au désert, alors que tout autre moyen de subsistance faisait défaut, Dieu envoya du ciel la manne à son peuple, en quantité suffisante, et d’une manière constante. Il montrait ainsi qu’il ne l’abandonnerait pas aussi longtemps qu’il se confierait en Dieu et marcherait dans ses voies. Le Sauveur eut maintenant l’occasion de mettre en pratique la leçon qu’il avait enseignée à Israël. L’armée des Hébreux avait été secourue par la parole de Dieu, et Jésus allait être secouru par la même parole. Il attendit le moment fixé par Dieu pour la délivrance. C’est par obéissance à Dieu qu’il se trouvait au désert, et il ne voulut pas se procurer des aliments en suivant les suggestions de Satan. En présence de l’univers témoin de cette scène, il montra que c’est un moindre mal de souffrir quoi qu’il advienne, plutôt que de s’écarter, si peu que ce soit, de la volonté de Dieu. JC 102.1

“L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.” Souvent le disciple du Christ est placé dans l’impossibilité de servir Dieu en même temps qu’il s’occupe avec succès de ses entreprises terrestres. Il pourra sembler parfois que l’obéissance à un commandement de Dieu, clairement révélé, aura pour effet de supprimer tout moyen d’existence. Satan voudra alors faire croire qu’il est préférable de sacrifier les convictions de la conscience. Mais il n’y a qu’une chose au monde à laquelle nous puissions nous fier: la Parole de Dieu. “Cherchez premièrement son royaume et sa justice; et tout cela vous sera donné par surcroît.”6 Même dans cette vie-ci il ne nous est pas avantageux de nous départir de la volonté de notre Père céleste. Si nous avons appris à connaître la puissance de sa Parole, nous ne suivrons pas les suggestions de Satan pour nous procurer de la nourriture ou pour sauver notre vie. Nous nous demanderons seulement: Qu’est-ce que Dieu a commandé? Qu’a-t-il promis? Ayant répondu à ces questions, nous obéirons au commandement, nous aurons foi à la promesse. JC 103.1

Dans la dernière phase du grand conflit avec Satan ceux qui resteront fidèles à Dieu seront privés de tout soutien terrestre. Parce qu’ils auront refusé de violer sa loi pour obéir aux pouvoirs terrestres, on leur interdira d’acheter ou de vendre. On finira par décréter qu’ils soient mis à mort.7 Mais à ceux qui obéiront est faite cette promesse: “Celui-là habitera dans les lieux élevés; la forteresse bâtie sur le rocher sera sa retraite; son pain lui sera donné; ses provisions d’eau ne lui manqueront point”.8 Les enfants de Dieu vivront par cette promesse. Alors que la terre sera dévastée par la famine, ils seront nourris. “Ils ne seront pas confus au temps du malheur; ils seront rassasiés au jour de la famine.”9 Ce temps de détresse a été prévu par le prophète Habacuc, qui a exprimé la foi de l’Eglise en ces mots: “Alors le figuier ne fleurira pas et il n’y aura rien à récolter dans les vignes. Le fruit de l’olivier manquera et les champs ne donneront point de nourriture; plus de brebis dans la bergerie, plus de bœufs dans les étables! Néanmoins, je veux me réjouir en l’Eternel et tressaillir de joie dans le Dieu qui me délivrera”.10 JC 103.2

De toutes les leçons qui se dégagent de la première grande tentation du Seigneur, aucune n’est plus importante que celle qui a trait à la domination des appétits et des passions. De tout temps, les tentations qui se sont adressées à la nature physique ont eu, sur l’humanité, l’effet le plus corrupteur et le plus dégradant. C’est par l’intempérance que Satan s’efforce de détruire les facultés mentales et morales inestimables dont Dieu a doté l’homme. Les hommes deviennent ainsi incapables d’apprécier les biens d’une valeur éternelle. Satan se sert de la sensualité pour effacer de l’âme humaine toute ressemblance divine. JC 104.1

Les excès qui ont existé lors de la première venue du Christ, et qui ont amené un état de maladie et de dégénérescence, se renouvelleront, intensifiés, avant sa seconde venue. Le Christ déclare que les conditions du monde seront alors celles qui ont précédé le déluge, et qui ont caractérisé Sodome et Gomorrhe. Toutes les pensées des hommes se porteront uniquement vers le mal. Nous vivons au seuil de ce temps redoutable, et nous devrions retenir la leçon renfermée dans le jeûne du Sauveur. L’angoisse inexprimable que le Christ a éprouvée nous permet d’estimer la mesure du mal qu’il y a à se livrer, sans frein, à une vie de plaisirs. Son exemple montre que notre seule espérance de vie éternelle réside dans la soumission des appétits et des passions à la volonté de Dieu. JC 104.2

Il nous est impossible, par nos propres forces, de résister aux désirs impérieux de notre nature déchue. C’est par là que Satan nous tente. Le Christ savait que l’ennemi s’approcherait de tout être humain, profitant de ses faiblesses héréditaires, et s’efforçant de prendre au piège de ses fausses insinuations tous ceux qui ne se confient pas en Dieu. En foulant le chemin que l’homme doit parcourir, le Seigneur a préparé la voie à notre victoire. Dieu n’ordonne pas que nous soyons en désavantage dans le conflit avec Satan. Il ne veut pas que nous soyons intimidés et découragés par les assauts du serpent. “Prenez courage, nous dit-il, ... j’ai vaincu le monde.”11 JC 104.3

Qu’il considère le Sauveur au désert de la tentation, celui qui lutte contre la puissance de l’appétit. Qu’il le considère aussi agonisant sur la croix et s’écriant: “J’ai soif.” Il a enduré tout ce à quoi nous pouvons être exposés. Sa victoire est notre victoire. JC 105.1

Jésus s’est reposé sur la sagesse et la force de son Père céleste. Il déclare: “Le Seigneur, l’Eternel, viendra à mon aide et je ne serai pas couvert de honte; ... car je sais que je n’aurai pas à rougir. ... Oui, le Seigneur, l’Eternel viendra à mon aide.” Et rappelant son propre exemple, il ajoute: “Qui d’entre vous craint l’Eternel?... Que celui qui marche dans les ténèbres et qui est privé de lumière mette sa confiance dans le nom de l’Eternel et qu’il s’appuie sur son Dieu.”14 JC 105.2

“Le prince du monde vient, dit Jésus. Il n’a rien en moi.”13 Rien en lui ne faisait écho aux sophismes de Satan. Il ne donnait pas son consentement au péché. Il ne céda pas à la tentation, même en pensée. Nous pouvons faire de même. L’humanité du Christ était unie à la divinité; la présence du Saint-Esprit le rendait apte au combat. Or il est venu pour nous rendre participants de sa nature divine. Aussi longtemps que nous sommes unis à lui par la foi, le péché ne domine pas sur nous. Dieu fait en sorte que par la main de la foi nous saisissions fortement la divinité du Christ, afin d’atteindre à la perfection du caractère. JC 105.3

Comment cela peut se faire, le Christ nous l’a montré. Par quel moyen a-t-il remporté la victoire dans sa lutte avec Satan? — Par la Parole de Dieu. Seule, cette Parole pouvait le rendre capable de résister à la tentation. “Il est écrit”, dit-il. Nous aussi, “nous avons été mis en possession des plus précieuses et des plus grandes promesses, afin que, par leur moyen, vous deveniez participants de la nature divine, en fuyant la corruption qui règne dans le monde par la convoitise.”14 Toutes les promesses que renferme la Parole de Dieu sont à nous. Nous sommes appelés à vivre “de toute parole qui sort de la bouche de Dieu”. Quand vous êtes assaillis par la tentation, ne regardez pas aux circonstances ou à la faiblesse du moi, mais à la puissance de la Parole. Toute sa puissance est à vous. Le psalmiste nous dit: “J’ai serré ta Parole dans mon cœur, afin de ne pas pécher contre toi.” “Pour obéir à la parole de ta bouche, je me suis éloigné des voies de l’homme violent”.17 JC 105.4